La voiture autonome va-t-elle tuer le plaisir de conduire ?

En pleine course au développement, les technologies autonomes des grands groupes automobiles ont montré l’importance que portait l’avancée technologique sur le marché des années à venir. Pourtant, tous les constructeurs ne sont pas du même avis, et certains chercheraient même à poursuivre leurs recherche et développement à contre-courant. L’absence de technologie autonomie : un prochain argument de vente ?

Le futur de l’automobile enchaîne les paradoxes, les débats et les scandales. Face à l’arrivée de l’électrique, la fin du diesel, les incertitudes sur la pile à combustible, la technologie autonome qui rappelle à la fois un futur proche et pourtant pas si certain.

A l’opposée des constructeurs en course pour sortir en premier leur modèle 100% autonomes, d’autres semblent marcher à vent contraire. Je m’explique : suite aux différentes enquêtes – dont nous avions relayé plusieurs d’entre elles – la plupart des résultats montraient un réel scepticisme à l’égard de laisser les technologies conduire à la place du conducteur. Outre le principal argument portant sur la sécurité, la seconde cause relayée fût celle de la perte du plaisir de conduire. De ce fait aujourd’hui, les constructeurs de voiture de sport semblent se questionner. A quoi bon développer des systèmes de conduite autonome si nous pouvons faire de l’absence de technologie autonome un argument de vente supplémentaire ?

Des constructeurs incertains donnent leur avis

Au tas de questions dont les automobilistes inquiétés peuvent se poser, nos confrères britanniques d’Automotive News ont essayé de trouver une réponse. En interrogeant des constructeurs incertains que sont Porsche et Mazda, le média a cherché à connaître leurs points de vue sur la situation et leurs réponses adoptées pour le moment. Entre ces deux marques que tout pourrait opposer, la volonté d’offrir du plaisir de conduire semble pourtant les concilier. Sous deux interviews, voici un premier topos des « vilains petits canards » de la voiture autonome ; ceux qui refusent de suivre un grand élan.

Mazda : « – Jamais ? – Jamais. »

Créé en 1920 par Jujiro Matsuda, Mazda est aujourd’hui dirigé par Masamichi Kogai à Hiroshima au Japon. Avec ses 37 745 salariés (2013), le constructeur se présente aujourd’hui sur le marché avec une gamme de constructeur généraliste. Pourtant, avec son MX-5 (notre essai ici) et dernièrement son MX-5 RF, la marque nippone cherche à défendre ses ambitions historiques : donner au client d’une Mazda le plaisir de conduire que son achat doit lui offrir. De ce statut là, la firme a toujours cherché à développer des technologies, comme par exemple le très connu moteur rotatif arrivé dans les années 1960 (du concept Cosmo à la RX-8).

En cherchant à se différencier de ses concurrentes, Mazda a tout naturellement beaucoup réfléchit sur l’arrivée de la voiture 100% autonomes. Pour savoir où en est le constructeur sur la question, Automotive News a donné la parole à Masahiro Moro, PDG nord américain de Mazda, en lui demandant : « comment l’entreprise voit-elle la technologie autonome ? ». Reconnaissant tout d’abord « l’importance » de l’avancée technologique, Moro a tenu a mettre en avant leur façon « unique » dont ils traiteront le sujet. Pour eux, « le plaisir de conduire ne devrait jamais mourir », tant bien ils mettront en place un système d’assistance à 100% mais « uniquement en arrière plan », comprenant ici l’idée d’un système optimisé de système de sécurité qui agira uniquement lors d’incident, comme il se fait aujourd’hui avec le freinage d’urgence par exemple. Au final, le système autonome Mazda ne sera pas activable à la demande.

« – La vision de Mazda ne vous emmènera pas d’un point A à un point B pendant que vous lisez.

– Jamais ?

– Jamais. »

Porsche, moins radical sur le sujet

Klaus Zellmer, PDG nord américain de Porsche au micro d’Automotive News semble moins décidé. En début d’entretien, le représentant a même reconnu que la prestigieuse marque allemande en charge de 237.778 ventes en 2016 ne portait pas la question de l’autonome comme sujet principal à Stuttgart (siège social), bien que selon lui, il y aura « un mode de conduite autonome dans toutes [les] voitures ». A l’inverse de Mazda, Porsche reconnaîtrait la demande des clients à pouvoir dans certaines occasions (telle que la conduite de nuit et sur autoroute) laisser de côté le volant « lorsqu’ils ne profitent pas, qu’ils veulent faire autre chose ». En conclusion, le mode autonome fonctionnera sur les 911, Panamera et autres Macan sous un bouton, activable à la demande, disponible à n’importe quel moment mais en aucun cas une fonctionnalité substituant la conduite manuelle et au plaisir de conduire.

« Nous devons laisser nos clients choisir. Nous offrirons aux clients la possibilité d’un mode de conduite autonome. […] Cela n’interdit pas de saisir le volant et de faire le déplacement manuellement ».

100% autonome, rendez-vous dans 3 ans ?

Outre ces deux constructeurs, la course à la voiture sans chauffeur s’est vue rassembler plusieurs groupes automobiles et géants du numérique tels qu’Uber, Google et Apple. Aujourd’hui, c’est la marque Nissan, par le biais de l’Alliance Renault-Nissan qui semble arriver en tête. Selon la communication de l’entreprise, son premier modèle autonome arrivera en 2020, quand ses concurrents ne prévoient une commercialisation que l’année d’après. Toutefois, nous ne sommes pas à l’abri de start-ups émergentes, comme nous avions pu le montrer dans notre article scoop sur drive.ai.


Lire aussi : Sommes nous responsable à bord d’une voiture autonome ? 


 Chez les marques cherchant à mettre en avant le plaisir de conduite, il est certains que le progrès se vit autrement. Avec des clients incertains sur la voiture sans chauffeur, des automobilistes répondant aux enquêtes en expliquant leur scepticisme à l’égard de se faire conduire par un robot, il est tout à fait normal de voir prochainement les constructeurs de voiture de sport prendre par les pincettes le sujet. Mais comparant le syndrome de la boite de vitesse manuelle avec la conduite manuelle, on est pas à l’abri de voir notre voisin ou collègue de travail nous dire un jour : « une fois que tu auras essayé, tu ne pourras plus revenir en arrière ».


Propos recueillis par Automotive News
Illustration Unsplash 

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